Couverture du docu-BD Elizabeth II God Save the Queen aux éditions Petit à Petit, illustration aquarelle du visage de la reine entourée de vignettes de la BD.
Docu-BD - Les chroniques littéraires

La reine qui ne devait pas régner : ma chronique du docu-BD d’Elizabeth II

Il y a des destins qu’on croit connaître par cœur, tant ils ont façonné notre imaginaire collectif. Et qui, pourtant, nous surprennent encore quand on prend le temps de vraiment s’y plonger. C’est exactement ce que m’a offert ce docu-BD Elizabeth II, God save the Queen, signé par le trio Tony Lourenço (scénario), Cynthia Thiéry (dessin) et Sophie Blitman (partie documentaire), publié aux éditions Petit à Petit à l’occasion du jubilé de platine d’Elizabeth II, en juin 2022.

Elizabeth II : une reine qui n’aurait jamais dû monter sur le trône

C’est peut-être ce qui m’a le plus marquée en ouvrant cet ouvrage : Elizabeth Windsor ne devait pas être reine. C’est l’abdication de son oncle Edward VIII, en 1936, qui a propulsé son père sur le trône et fait d’elle, presque malgré elle, l’héritière de la Couronne britannique. Ce petit twist du destin, presque romanesque, donne le ton de tout l’ouvrage : celui d’une femme qui a dû composer avec un rôle qu’elle n’avait pas choisi et qui a fini par l’incarner mieux que quiconque, durant 70 années de règne.

Le pari du docu-BD : instruire sans jamais ennuyer

Ce qui distingue ce livre d’une biographie classique ? Sa forme. Le principe de la collection « Docu-BD » des éditions normandes Petit à Petit repose sur une alternance : des planches de bande dessinée, vivantes et incarnées, suivies de doubles pages documentaires où textes, photographies et anecdotes viennent recontextualiser ce qu’on vient de lire. Seize tranches de vie rythment ainsi le récit, comme autant de chapitres qui composent le puzzle d’une existence hors norme :

  • Une enfance princière ;
  • Le moment où le destin bascule ;
  • Un mariage d’amour à Westminster ;
  • La relation particulière avec Winston Churchill, puis avec Nelson Mandela ;
  • Les corgis devenus légendaires ;
  • Le drame de la princesse Diana ;
  • etc.

Jusqu’à cette question, en forme de pied de nez so british : « La retraite ? Plutôt mourir ! »

J’ai beaucoup aimé cette manière de construire le récit. On n’est jamais dans la BD pure, ce qui aurait pu manquer de profondeur historique, ni dans le documentaire aride, qui aurait pu rebuter les lecteurs les moins familiers avec la monarchie britannique. Les auteurs ont trouvé un équilibre rare. La BD apporte la légèreté et l’incarnation. Les pages documentaires apportent la matière et la rigueur.

Ce format n’est d’ailleurs pas un coup d’essai pour les éditions Petit à Petit. La maison d’édition normande s’est fait une spécialité de ces portraits en Docu-BD, consacrés à des figures qui ont marqué leur époque :

Elizabeth II vient donc rejoindre une galerie de personnalités où la musique et l’aventure côtoient, cette fois, la politique et le protocole royal. On sent, à la lecture, que le savoir-faire de la collection est rodé. Le rythme entre planches dessinées et pages documentaires ne casse jamais l’élan de lecture. L’ensemble se dévore presque comme un roman graphique classique, malgré la densité d’informations distillée à chaque page.

Le choix du format n’est pas non plus anodin sur le plan de l’accessibilité. En condensant sur 120 pages une existence qui s’étend sur près d’un siècle, les auteurs ont dû trancher, hiérarchiser, choisir les moments qui font sens plutôt que de tout raconter. Il s’agit d’un exercice difficile, presque plus périlleux qu’une biographie classique où l’on peut se permettre les digressions. Ici, chaque scène doit être choisie pour ce qu’elle révèle du personnage. Chaque anecdote documentaire doit apporter un éclairage réel. Le résultat donne un objet dense, mais jamais indigeste. On sent la main des auteurs à chaque page, dans le choix de ce qu’ils montrent et de ce qu’ils laissent hors champ.

Une aquarelle qui raconte autant que le texte

Impossible de parler de cet ouvrage sans s’attarder sur le travail graphique de Cynthia Thiéry. Son trait à l’aquarelle donne à l’ensemble une texture particulière, presque nostalgique, comme si on feuilletait un vieux journal de bord plutôt qu’une bande dessinée contemporaine. Ce choix esthétique n’est pas anecdotique. Il installe une distance douce avec le sujet. Une forme de pudeur qui sied bien à une femme dont la vie entière s’est déroulée sous les projecteurs, mais dont l’intimité est restée largement préservée. Les couleurs, souvent pastel, accompagnent les scènes officielles, comme les moments plus personnels sans jamais verser dans le kitsch royaliste qu’on aurait pu craindre sur un sujet pareil.

Un travail de fond qui se sent à chaque page

Ce qui frappe également ? Le sérieux de la démarche. Un an de documentation minutieuse a été nécessaire pour construire ce récit, avec la volonté affichée de rester fidèle à la réalité, jusqu’à parsemer les dialogues de véritables petites phrases prononcées par la reine elle-même. Dans les silences autant que dans les répliques, on sent cette volonté de montrer une femme plus drôle et plus vivante que l’image lisse qu’on lui connaît souvent.

Puis, il y a eu ce moment particulier dans la vie du livre lui-même. La mort d’Elizabeth II, survenue après la sortie initiale de l’ouvrage, a obligé l’équipe créative à retourner à la table de travail pour ajouter un ultime chapitre. Une actualisation qui donne, avec le recul, une dimension presque testamentaire à cette dernière tranche de vie.

À qui s’adresse ce docu-BD sur la reine Elizabeth II ?

Voici la question que je me pose toujours en refermant ce type d’ouvrage : à qui vais-je le conseiller ?

Ici, la réponse est large :

  • Aux passionnés de la famille royale britannique, évidemment, qui y trouveront un condensé fidèle et bien sourcé de sept décennies de règne ;
  • À ceux qui n’y connaissent rien et qui cherchent une entrée en matière sans y consacrer des heures de lecture aride ;
  • Les amateurs de docu-BD en général retrouveront ici la patte reconnaissable de la collection Petit à Petit, entre rigueur documentaire et plaisir de lecture.

Le format court, la clarté du découpage en tranche de vie et l’aspect visuel soigné en font aussi un excellent choix pour initier de jeunes lecteurs à l’Histoire contemporaine, sans jamais les infantiliser sur la complexité du sujet.

Fiche technique du docu-BD Elizabeth II, God save the Queen

Titre : Elizabeth II, God save the Queen.

Auteurs : Sophie Blitman, Tony Lourenço, Cynthia Thiéry.

Maison d’édition : Petit à petit.

Année : 2022.

Nombre de pages : 128.

ISBN-13 : 978-2380461312.

Obtention : service de presse non rémunéré.

Le mot de la fin

Ce docu-BD n’a pas la prétention d’être une biographie exhaustive ou une analyse politique poussée de la monarchie britannique. Ce n’est d’ailleurs pas son objectif. Mais il s’agit d’un objet accessible, soigné, à la fois pédagogique et ludique, qui donne envie d’en savoir plus sans jamais noyer le lecteur sous les dates et les événements. Une belle porte d’entrée pour qui s’intéresse, de près ou de loin, à cette femme qui a su, contre vents et marées, malgré les scandales et les tragédies, ancrer la famille royale dans la modernité.

À découvrir si tu aimes les récits de vie incarnés, les portraits historiques qui ne se prennent pas trop au sérieux et les couvertures à l’aquarelle qui donnent des airs de vieux journal de bord à une existence pourtant très contemporaine.

Ce docu-BD sur la reine Elizabeth II est disponible à l’achat sur Amazon, la Fnac et dans toutes les librairies indépendantes proches de chez toi.

Envie de ne rater aucune chronique littéraire ?

J’y parle littérature, autoédition et coulisses d’auteurs, avec toujours la même sincérité. Abonne-toi à la newsletter pour recevoir mes prochaines chroniques directement dans ta boîte mail. Retrouve également cette chronique qui apparaît dans le podcast BLEBV #16 sur Lyon Demain.

Tu es auteur ou autrice ?

Si cette chronique a suscité en toi le désir de parler de ton propre livre, que ce soit pour une mise en avant, une stratégie de contenu ou un accompagnement éditorial, découvre tous mes services et contacte-moi directement. Je serais ravie d’échanger avec toi.

Questions fréquentes sur le docu-BD Elizabeth II, God save the Queen

Le genre du docu-BD s’est beaucoup développé ces dernières années sur les figures royales et historiques. Si vous cherchez un point d’entrée fiable et bien documenté sur Elizabeth II en particulier, ma chronique complète du docu-BD God Save the Queen revient en détail sur ce que ce format apporte par rapport à une biographie classique.

Un docu-BD alterne planches dessinées narratives et pages documentaires (photos, chronologie, sources) pour ancrer le récit dans une réalité vérifiable, contrairement à une BD historique qui peut prendre plus de libertés narratives. C’est exactement le principe de la collection Petit à Petit, que j’analyse dans ma chronique sur Elizabeth II.

La collection compte des portraits consacrés à des figures aussi variées que des musiciens (Prince, David Bowie, les Doors) ou des explorateurs (Jules Verne). Elizabeth II, God Save the Queen en fait partie, avec une approche très similaire côté construction narrative.

Un docu-BD est souvent une valeur sûre : accessible, visuellement soigné, et suffisamment documenté pour satisfaire les connaisseurs sans rebuter les néophytes. Je détaille pourquoi celui sur Elizabeth II coche toutes ces cases dans ma chronique.

Plutôt qu’une biographie académique dense, un format hybride comme le docu-BD permet d’entrer dans le sujet par le récit avant d’aller chercher plus de profondeur. C’est le pari que j’explore à travers ma lecture du docu-BD sur Elizabeth II.

Chronique publiée le 20 septembre 2023. Mise à jour :

Charlène Malandain est rédactrice web culturelle et blogueuse littéraire. Basée à Caen en Normandie, elle dirige Charlène Rédac', une activité freelance singulière où elle se positionne comme "psy des auteurs". Cette approche allie expertise en SEO et sensibilité littéraire pour accompagner auteurs, maisons d'édition et professionnels du livre et de la Culture dans leur présence numérique. A travers son site https://charlenemalandain.fr, elle propose des audits et optimisations de sites web, des services de presse et du coaching. Forte d'une communauté de 6 000 abonnés sur LinkedIn, 1 200 abonnés sur Instagram et 1 000 inscrits à sa newsletter, Charlène crée des contenus stratégiques au croisement du marketing digital et de la littérature. Elle travaille actuellement sur son premier roman et développe des projets éditoriaux innovants pour soutenir les auteurs francophones et internationaux dans leur visibilité. Son expertise combine passion littéraire et maîtrise des enjeux numériques, offrant aux professionnels du livre et de la Culture un accompagnement à la fois technique et profondément humain.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *